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3ème biennale à Saint Trojan


Exposition singulière dans un musée balnéaire éphémère

 


La liberté d’expression signe la manifestation. 
600 oeuvres extraites d’une collection de plus de 62 créateurs internationaux, 

d’art brut, d’art différencié, d’art naïf, d’art thérapie et d’art singulier 


débarquent à SAINT-TROJAN-LES-BAINS du jeudi 29 juin au dimanche 16 juillet 2017


C’est d’abord l’extrême diversité de cette exposition qui est enivrante : toutes les formes, toutes les figures, toutes les techniques, le geste rudimentaire revendiqué ou au contraire le pointillisme le plus acharné, la débauche des couleurs et la violence de leur entrechoc, la sobriété de la ligne inachevée, le bric-à-brac génial, le dépouillement lumineux…Disons que le résultat dépasse la somme des parties, et que l’exposition apparaît d’entrée, en elle-même, comme une oeuvre d’art, chatoyante, bigarrée, une fête, une cour des miracles. 
Les 62 artistes internationaux qui participent à cette manifestation, ont vraisemblablement une qualité en commun, et qui saute aux yeux lorsqu’on s’arrête devant une de leurs oeuvres : ils sont tous au-delà du discours habituel et conceptuel qu’on a coutume d’extirper d’un tiroir lorsqu’on décide de ranger, de classer les productions artistiques, d’en dresser la nomenclature. Il y a une forme d’évidence, de rapport immédiat au monde qui surgit de la confrontation de tous ces univers. Certains artistes ont une démarche assumée, volontairement aboutie, d’autres semblent guidés par leur instinct : tous ont gardé de la place pour l’enfant qui vit toujours en eux, et cette place gardée, ce pas tenu, c’est la plus haute marque de l’intelligence.


J’ai dit qu’on s’arrêtait devant l’une de ces oeuvres, il faudrait en fait dire que c’est l’oeuvre elle-même qui nous arrête. D’une certaine manière elle nous somme de nous arrêter. Une incontestable urgence est à l’origine de ces travaux : non pas qu’il soit question ici de vitesse d’exécution, mais plutôt d’un sentiment d’urgence, d’une convocation à aller à l’essentiel, à mettre en jeu ce qui compte : le rapport humain. On assiste à la fois à une expérience de la solitude, dans ce qu’elle a de plus angoissant, de plus nécessaire aussi, comme s’il y avait là une sorte de passage obligé, une affirmation de notre exil, et à une plongée dans la communauté des humains, dans sa bienveillance et dans son conflit. Je suis seul, mais il est possible que quelqu’un se lève et s’adresse à moi. Ainsi tous ces travaux sont des mains tendues, des manières de désigner la nécessité d’être, la volonté de témoigner ce que c’est que d’être, sans affèterie, sans tricherie, parfois de façon brutale et sans détours. C’est en ce sens que ces tableaux, ces objets d’art, se désirent au-delà d’une quelconque norme, et même d’un quelconque achèvement. Ce sont des portes ouvertes. Allant à l’essentiel, au plus intime, elles atteignent une universalité : le paradoxe n’est qu’apparent car c’est en extirpant le plus personnel qu’on touche à la communauté des émotions et des sensations, par delà les différences de culture et d’éducation.


Et je peux vous assurer qu’on est saisi, qu’on est secoué. J’ai eu la sensation, observant ces oeuvres, d’être moi-même observé. L’association oeil – Art mérite bien son nom : vous vérifierez que l’immense majorité de ces tableaux vous regardent : des yeux sont là, parfois cachés, discrets, d’autres fois ils mangent le tableau. En peinture le regard est un appel, une demande, un espoir autant qu’une réclamation de responsabilité : que faisons-nous, nous spectateurs, dans nos vies pour entendre réellement l’autre, que cet autre soit en nous ou que cet autre soit celui dont on croise le regard ? Comment nous arrangeons-nous avec nos désirs et nos devoirs d’humains ? C’est cela qu’exigent de nous les ½uvres que vous pourrez voir et qui vous verront dans la salle polyvalente de Saint Trojan les Bains.


Emmanuel Merle



L’exposition est ouverte tous les jours de 15h à 19h. Les Samedi, Dimanche et 14 juillet de 11h à 19h. L’entrée est libre








Photo de oeil-art pierre-albasser-06


Pierre ALBASSER:


Comment recycler ? Laisser au hasard une part de responsabilité dans l’acte créatif. Croire en la sérendipité qui agit lorsqu’on ouvre soigneusement un carton et qu’on en fait un support pour un bestiaire mi-humain mi-animal, chaque être ne trouvant son contour et sa fin que dans le début du contour d’un autre. Il y a un fil non directeur dans les dessins de Pierre Albassier, comme si le mouvement de la main qui tient le stylo était branché directement sur l’inconscient, comme si la raison était tenue pour quantité négligeable : ce sont les hasards des taches qui décident d’une possible direction, les coulures improbables d’une teinte qui décident de l’intensité d’un être.






Fred ANACLETO (Italie):


Le gris, le noir et le blanc dominent, avec des taches rouges ou bleues. On est presque devant ces portraits dits « aux trois crayons ». Les personnages sont ceux d’une même famille d’âme. Tous sont pris à l’instant de leur incompréhension du monde, à moins qu’ils soient témoins de ce qui nous échappe à nous. En tout cas, leur regard, apparemment vide – on cherche la pupille, ou alors elle n’est pas remplie d’encre – est tourné vers l’intérieur, ou témoigne de l’appartenance à ce même groupe étonné, naïf et sage. Et qui nous regarde.



 


Adolpho AVRIL (Belge):


Bien sûr que c’est la sensation de malaise qui l’emporte d’abord…Qui sont ces personnages à la tête penchée, trop lourde, gauchie par un vent de folie qui ne cesse jamais de souffler ? Bientôt, après le recul, on s’aperçoit que ce qu’on prenait pour un rictus est peut-être aussi un sourire, mal réglé encore, mais qui appelle le spectateur, que cette position étriquée et tordue du corps, c’est aussi une maladresse et une timidité. Au bout du compte c’est une forme de compassion qui l’emporte, une compassion pour l’être humain, car c’est soi même qu’on voit dans le tableau.






Hélène BLONDIN (France):


Il y a quelque chose des Métamorphoses d’Ovide dans ces peintures. Elles fixent l’instant de la transformation de l’homme à l’animal ou de l’animal à l’homme. Mais aussi de l’enfant à l’adulte, ou l’inverse. Et enfin de la souffrance à la joie, et réciproquement. Les visages sont comme sidérés devant l’improbable de l’existence, face à l’incompréhension de ce que la vie peut infliger, mais les corps sont également si proches les uns des autres qu’ils témoignent d’une forme de solidarité avec le reste du monde. Ces êtres semblent se pardonner. 






Jean-François BOTTOLLIER (France):


Lourds, grotesques et inquiétants. Mais ces créatures sont tout autant inquiètes, souffrantes. Elles subissent les affres, les horreurs du monde, elles peuvent en mourir. On cherche leur regard, et on ne le trouve pas, quoiqu’elles expriment leurs sensations avec vigueur, et leurs mains ont des positions émouvantes. La perspective n’est pas respectée parce que la vie ne l’est pas non plus. Pourtant la beauté pure n’est pas absente, et quelque chose comme de l’enluminure vient proposer un espoir possible.





 

Anne BOUCHER (France):


C’est une expérience de myope : quelque chose pourrait prendre forme dans le tableau – un mouvement comme une coulée d’eau sur un pare-brise – mais y renoncerait juste avant, au profit d’une explosion de couleurs très équilibrée, kaléidoscopique. La réussite de cette peinture est dans le mouvement et l’incertitude de sa direction.






Rebecca CAMPEAU (France):


On les reconnaîtrait presque, et à brûle-pourpoint ce sont des marionnettes , des figures presque comiques, issues d’un cabinet de curiosité, de tout un capharnaüm de poupées retrouvées longtemps après dans un grenier. Mais ce sont surtout des grotesques, des êtres excessifs, révélant par leur visage, leur attitude et leurs grimaces leur vrai tourment intérieur. Leurs gonds intimes grincent. On dirait parfois que l’insensé prend le pas sur le ridicule, comme chez Goya.






Patrick CHAPELIERE (France):


On est dans les parages du Bestiaire d’Apollinaire avec les gravures de Raoul Dufy. Les animaux aux yeux inquiétants sont sur le point d’être identifiés mais quelque chose d’irréel dans leur posture nous en empêche. La nature est souvent luxuriante : les oiseaux et les fleurs envahissent l’image d’abord, puis révèlent une partie seulement de l’être étrange tapi là. Ou alors c’est à Chagall qu’on pense, à cause de la perspective aléatoire, de la manière qu’ont les êtres et les choses d’être posés simplement, et à cause des couleurs aussi, légèrement phosphorescentes.





 

Virginie CHOMETTE (France):


Le fil est serré très fort, les bouts de laine sont tressés presque violemment, qui ne veulent rien laisser échapper de ce qu’ils contiennent. Mais sans y parvenir, car ce qui ne se laisse pas guider, c’est l’intensité folle des couleurs qui cherchent sans cesse à déborder. On dirait qu’une poupée primitive est sans cesse reconstruite, sans cesse à refaire, car ce n’est pas la vraie, l’unique, celle de l’enfance. Et des angoisses affleurent, des ébahissements sur ce qui tient lieu de visage, malgré le chatoiement et la musique. De la ficelle, du tissu ravaudé, des morceaux rabibochés, bref des souvenirs qui courent après ce qui ne se produira plus.




 


Emilie COLLET (France):


Leur posture les place à la frontière de l’humanité et de la divinité. De petits dieux, des statuettes comme des bornes qu’on mettrait aux carrefours à l’instar de ce que faisaient les Romains pour amadouer les instances supérieures, dans l’espoir d’une moisson généreuse ou d’une destinée plus heureuse. Ces fétiches portent sur eux la souffrance des hommes, c’est le rôle qu’ils remplissent avec douleur et cruauté mêlées. On pense encore à ces poupées qui reçoivent les sorts que l’on jette à distance sur son ennemi. Quitte à ce que, parfois, on soit son propre ennemi.






Michel DELANNOY (France):


Ce sont des parades militaires, des quatorze-juillets pétaradants, des regroupements d’uniformes au centre des villes au moment des commémorations et des fêtes. Du bruit s’échappe de ces tableaux, des détonations. Le reste de la ville autour est très silencieux. D’ailleurs on cherche les habitants. Nous sommes sur la place principale, écrasée par l’absence de perspective. Les immeubles, les maisons mitoyennes sont autant de miniatures détaillées et enfantines et les fenêtres sont obsessionnellement découpées comme des mises en abyme innombrables dans un environnement entièrement clos.



 



Serge DELAUNAY (Belge):


Il y a un mécanisme de l’existence et du monde qu’il faut démonter patiemment pour peut-être en trouver la finalité. C’est la même chose pour les corps-machines : il existe un secret intérieur encore inédit et il est possible qu’en décomposant ce corps on arrive à le faire parler. Oui, peut-être qu’avec cette opération de chirurgie et de mécanique, une fois qu’on aura tout mis sur la table, eh bien ce qui n’aura pas pu être dit, ce qu’on aura attendu toute sa vie qu’on nous dise, sera enfin là, sous nos yeux. Un peu d’amour.



 


 

Éric DEMELIS (France):


Il y a de quoi regarder. On n’en finit pas. Au point qu’on est surpris quand parfois un personnage seul est là, comme expulsé du groupe, élu, devenant une sorte d’autoportrait de l’intérieur. Sinon ça grouille, ça gargouille, ça grince, ça grimace. C’est nous que peint Demélis, nous comme on ne se voit pas, mais certainement comme on est, peu glorieux, imparfaits, bon enfant aussi. La posture est obsessionnelle qui fait qu’un seul tableau les contient tous : il s’agit de faire concurrence à la prolifération humaine et de créer le monde d’à côté, juste assez décalé, noir (parfois d’humour) qui pourrait bien être le nôtre.





 

Hubert DUPRILOT (France):
 

L’incertitude est à son comble : y a-t-il une possible identité ? Le masque que l’on présente au monde n’en recouvre-t-il pas un autre ? Etre soi pose problème et impose une sorte d’enfermement, voire de guerre intérieure. Parfois nous nous complaisons à porter notre croix, comme si elle nous était constitutive : on nous en débarrasserait qu’on se sentirait orphelin. Nos cris sont silencieux, tournés vers un ailleurs inaccessible ou une cloison qui absorbe les sons. Pourtant, de cette incertitude naît une manière de mouvement, de déhanchement, comme une promesse lointaine.



 



Béatrice ELSO (France):


L’intérieur du corps est un théâtre : il faut tirer le rideau et découvrir ce qui s’y joue. Un décor coloré et une scène primitive, fantasmatique, comme l’expression d’une inquiétude sur cette frontière souvent franchie par le sang, les humeurs, les fluides entre le dedans et le dehors. Tout ce va-et-vient nous est révélé par un travail radiographique qui met en évidence que c’est dans le ventre que la vie bouillonne, que c’est là (pas dans la tête) que les choses se décident.



 



Didier ESTIVAL (France):


La possibilité de la mort est omniprésente, inhérente à chaque action des hommes, et la menace est donc permanente : dans la tension du regard, l’absence même de gestes, le portrait de famille dont les placards sont emplis de cauchemars récurrents. Ces conflits intérieurs semblent également à l’origine des dérangements du monde extérieur, et la torsion des corps, comme dans une foire aux monstres, exprime certes la souffrance de l’humanité mais peut-être d’abord son immense tristesse.



 



Gabriel EVRARD (Belgique):


Le règne des rockstars, des super héros, des mangas, déclinés en vrac dans une éructation semblable, comme s’il existait une revendication nécessaire face à ce monde de cris de guerre. Une violence hérissée mais aussi de pacotille. Reste qu’on a le sentiment que c’est un peu à chaque fois le même visage qui se dresse face à nous, derrière la multiplicité des costumes. Et le trait est souvent rageur, qui raye les corps et le décor : une urgence est à l’oeuvre, frénétique.



 


 

Mathieu EVRARD (Belgique):


Bien sûr on cherche instinctivement une forme à laquelle se raccrocher : on se recule et on la trouve, un humain, une maison. On n’est pas rassuré pour autant car l’essentiel est ailleurs. L’artiste délimite un espace et, à l’intérieur du cadre rassurant, qui fait frontière désormais avec l’extérieur indicible, il s’agit de remplir à ras bord : c’est un travail de carreleur abreuvé de couleurs. De temps à autre un relief surgit autorisant une troisième dimension, pas une perspective, plutôt un renflement, comme si le trop plein poussait derrière, jusqu’à faire voler en éclat le travail patient et têtu. Mais l’explosion ne se produit pas.





 

Marie-Jeanne FARAVEL (France):


Nous ne sommes pas loin du cabinet de curiosités, le malaise en moins. C’est le monde du fluide merveilleux et du perpétuel enfantement. L’étrangeté de cet univers, où tout est dans tout, où rien n’est abandonné, où un fil relie toujours l’âme solitaire au groupe, possède cependant, par la fascination du détail, par les regards exorbités de ces êtres hybrides et peut-être amphibies, une humanité sans faille, comme s’ils assuraient la permanence du contact par-dessous la réalité rugueuse du monde. Pas de malaise non, mais un mystère, insondable.




 


Catherine GARRIGUE (France):


A première vue nous sommes au niveau cellulaire, protoplasmique. Ou bien de minuscules corps aussi diaphanes et évanescents que des méduses se meuvent dans les abimes pélagiques, créatures inconnues. Le dessin est presque de la dentelle, comme cousu. Cependant des figures apparaissent, délicatement humaines et finalement parées de draperies aux pierres fines. La rêverie est celle de l’enfance mystérieuse, avec la crainte de l’irréversible incompréhension devant la beauté et l’abandon solitaire dans la nuit du non-sens.






Christian GAUTIER (Allemagne):


Le dessin et les couleurs ont toute la naïveté de l’enfance quand elle ne sait pas encore le tragique qui se cache derrière l’invention humaine et derrière « l’art de la guerre ». L’enfant recopie ses jouets ou collectionne sur le papier les machines de l’exposition aérienne ou maritime. Mais, retrouvés chez l’adulte, le dessin candide et les couleurs vives n’en disent qu’avec plus d’ironie le monde des hommes et sa capacité d’autodestruction.






Irène GERARD (Belge):


La tension à l’intérieur de ces portraits est due principalement à la netteté remarquable des différents éléments qui ne se mélangent pas entre eux, comme si les parties ne faisaient que coexister sans s’unir. Cependant les visages, pour ruinés, affaissés et partiellement découpés qu’ils soient, gardent une unité très expressive. Ils sont le signe d’un désastre : le cortège incohérent de la vie est passé par là.





 

Françoise GIRAUD (France):


Retour à un monde d’avant, encore indifférencié, là où l’eau et l’air sont peu distincts, où ce qui nage peut tout aussi bien marcher…Ces peintures semblent celles de ces vase antiques qu’on retrouve justement au fond des eaux et qu’on remonte à la surface, témoignages d’un continent disparu, terres cuites sur lesquelles un procédé ancien permet encore à la scène représentée de témoigner. L’Histoire, celle du temps qui passe, n’a pas encore commencé, c’est l’Âge d’Or, un présent infini, empli de douceur rêveuse.






François GOBERT (Belge):


Les portraits, compulsifs, ont beaucoup de mal à se détacher du fond du tableau, fond duquel ils paraissent naître, dans un conglomérat de couleurs qui laissent apparaître le contour d’un visage, et surtout un regard. L’association des couleurs, immédiatement expressive, semble instinctive. Mais les traits sont brouillés, ceux du tableau comme ceux des visages. Ce sont peut-être des autoportraits, tentés à  l’infini, chaque fois prêts d’éclore, chaque fois restant au bord d’une révélation.






Martha GRUNENWALDT (Belge):


Quelque chose de Chagall dans la naïveté et les couleurs, dans le toit pointu des maisons et l’air de « babouchka » de ces femmes peintes, des visages et des formes rondes qui pourraient se contenir  les uns les autres…Ces créatures et ces habitations sont intégrées dans une nature exubérante et colonisatrice, une sorte de jardin d’éden chatoyant, empli de teintes à la fois douces et rayonnantes. Une harmonie règne, quoique atténuée par les regards mélancoliques, les notes d’un violon parfois désaccordé… 





 

Frédéric HENDBOEG (Belge):


Le regard des personnages et celui des spectateurs ne se croisent jamais vraiment, il y a toujours un décalage comme si chacun était appelé, happé de côté par autre chose de plus inquiétant. Une menace extérieure ou intérieure. Est-on en face d’icônes, de représentants d’un dogme rigoriste, ou d’âmes damnées et désignées à la vindicte ?





 

Jean-Christophe HUMBERT (France):


L’intérieur et l’extérieur se confondent. Le squelette est à nu, mais on distingue certains visages. La mort (ou son évocation, la « vanité ») est fortement suggérée, mais – au-delà de la fragilité des choses – plutôt pour dire leur délicatesse, leur complexité vertigineuse. Il semble que la vie soit aussi transparente et aussi dense qu’une dentelle. La vie est une oeuvre d’art. On songe à ces fractales qui, dans la partie, disent encore le tout. Ces tableaux sont des chrysalides, à l’aube d’une naissance.






Pol JEAN (France):


Les objets, maisons, nuages, vases, les animaux sont présents, avec un réalisme certain, mais ce qui étonne ce sont les corps et les figures : du bois, ligneux, dense, massif, avec une tension dans le tracé obsessionnel qui va de l’hésitation au remplissage nécessaire ; le trait est sans cesse augmenté d’un autre trait, et le tout dégage à la fois un sentiment d’approximation inconfortable et une certitude « paysanne ».





 

KA TI (France):


L’inspiration est psychédélique, voire « beatlesienne » si l’on en juge par la présence parfois d’instruments de musique, et on ne serait pas surpris de parcourir soudain d’étranges « strawberry fields ». Tout est métamorphose possible, rien ne possède une nature définitive. Dans ces tableaux on ne devient pas ce que l’on est, on est ce que l’on devient. Des enfantements à tiroir, des reines des abeilles, des divinités-fleurs, tout un « nonsense » cher à Lewis Caroll, teinté forcément d’une légère inquiétude grinçante.





 

Thierry LAMBERT (France):


Le shaman et la femme-papillon. Le mystère de la vie dans les deux cas. Il y a là une sorte d’excès d’amour, un trop-plein de joie possible, l’espoir d’une unité mystique. La tentative de recréation d’un paradis perdu, mais qu’il suffirait de vouloir vraiment pour qu’il rayonne à nouveau. Car les couleurs, franches, explosent et unissent leurs contraires.





Jean LECLERQ (Belge):


On pense à des autoportraits. Avec quelque chose de hiératique, de militaire va-t-en guerre, ou de révolutionnaire professionnel. Ou alors au repos du soldat-peintre (n’est-ce pas le même personnage ?), chez lui, débonnaire, après la journée de travail, dans une décontraction étudiée. Mais chez les deux, l’oeil frise, une manière d’ironie pointe : on est observé autant qu’on observe. Même on est jugé. 





 

Joël LORAND (France):


Comme des tapisseries aux motifs parfaitement symétriques, ces tableaux offrent des constantes, des reprises, ne serait-ce que les visages, les mains et les entrelacs savamment ordonnés de lianes et de tubulures entrecroisées et pénétrantes qui tentent de dire l’interconnexion avec le monde. Mais les bouches sont ouvertes sur des désirs et des cris silencieux et les regards sont asymétriques : ils n’observent pas le spectateur, ils cherchent quelque chose au-delà de son épaule, et l’on se retournerait presque pour tenter de comprendre ce qu’il y a à voir derrière nous.



 



Léon LOUIS (Belgique):


La toile, le papier sont saturés, rien n’est jamais terminé, qui nécessite encore d’y revenir. Il faut que ce soit épais et dense. On n’est pas loin d’une sculpture. Ce sont des blocs hiératiques, humains et empilés les uns sur les autres, ou des êtres-maisons. Des constructions. Avec rage, avec maladresse, il faut qu’il y ait un être-là, massif. On aurait tort de ne pas remarquer les couleurs, évidentes, contrastées, jamais criardes, responsables du relief, langage véritable et subtil, souvent lumineux, qui vient contrebalancer l’épaisseur du trait.





 

Abdelaziz LADHARI (Tunisie):


La forme est naïve, parce que l’important n’est pas là. Ce qui compte c’est le récit, l’histoire muette, haute en couleurs, riches de symboles mal élucidés, qui ressemblent au déroulement de l’existence : rencontres, palabres, heurts, rires et amours. Des animaux sont là aussi, conférant à l’action mystérieuse, qui paraît pourtant banale, une dimension mythique. C’est presque une peinture à lire, à déchiffrer, comme on ne peut s’empêcher de tenter de le faire devant les cartouches égyptiens.






MARGOT (France):


D’immenses oiseaux ramassés sur eux-mêmes, prêts à jaillir dans une explosion chamarrée, mais, très vite, une inquiétude surgit : il s’agit d’une violence contenue, d’une menace, latente encore, mais dont la puissance présage une possible catastrophe. Mélange d’araignée et de bernard-l’hermite désormais, ces figures de même espèce sont pourtant subtilement différentes et pleines de sensualité. C’est l’arrivée d’un nouveau règne matriarcal. 






Gilles MANERO (France):


Gris, sépia, onirique. D’anciennes cartes postales d’une autre planète. Au premier abord, on est pris par la douceur des tons et la brume impalpable qui nimbe le décor : la scène se passe décidément ailleurs. Mais très vite c’est le malaise qui l’emporte, ne serait-ce que parce que tout à coup un ½il unique vous regarde, qu’on n’avait pas repéré immédiatement. Dès lors, insidieusement c’est plutôt un cauchemar qui s’installe, et des êtres hybrides et possiblement venimeux naissent d’un univers mental qui témoigne en réalité de l’affleurement de l’inconscient dans la pratique picturale.






Côm MAURICE (Belge):


Ces figures ne peuvent être regardées de près car dès lors tout se brouille : les gens ont consistance et vague équilibre à distance, mais leur image disparaît à trop grande proximité. Les couleurs sont sans concessions, et les taches noires dans les visages (yeux, nez ou bouche) sont davantage des trous que des points de repère. Nous sommes devant des enfants étonnés d’être en vie, témoins du non-sens universel. On dirait presque que le peintre ne les reconnaît pas.






Thierry MEYER (France):


« Vaines formes de la matière », disait Mallarmé, pour parler du monde et de nous-mêmes. La question se pose devant ces sculptures ébauchées, volontairement inachevées, mais dressées. Ce qui paradoxalement paraissait le plus solide, le moins périssable, le fer, le métal, connaît aussi la rouille, qui ne dort jamais. La rouille prolifère pour nous aussi, elle est la métaphore de notre finitude. Ces sculptures tentent de répondre au mystère de notre station debout, qui symbolise la vie : comment peut-on se tenir droit ? Où est l’être en nous qui se tient droit ?






Benoît MONJOIE (Belge):


Les poses, les attitudes stéréotypées de ces figures féminines sont empruntées à toute l’imagerie des magazines. Etrangement elles perdent ici leur capacité érotique attendue au profit d’une « inquiétante étrangeté » due parfois au visage comme frappé d’une incompréhension sans nom, ou à cause de la situation de possible disparition du corps. Le tableau est une affiche déchirée sur un mur ancien : le spectacle est en fait terminé depuis longtemps.





 

Nicole PESSIN (France):


Bien sûr, le rêve est convoqué, la douce curiosité d’un univers décalé de peu avec notre réalité, les mêmes éléments sont là mais autrement distribués, comme si chacun d’entre eux faisait écho à l’autre dans ce qui ressemble à un « locus amoenus », un âge d’or où la lumière serait une parole qui unifierait tout. Bien sûr. Mais il y a une forme d’attente particulière, une ambiance qui donne envie aussi de retenir son souffle : quelque chose pourrait se produire qui ne se produit pas, et le sort est presque scellé, l’autre qu’on espère encore tarde à venir…






Dimitri PIETQUIN (Belge):


Les maisons de l’enfance, les véhicules de l’enfance parcourant le monde, naïvement. Le tour du monde sur une seule feuille. Et puis le langage comme arrière-plan, la logorrhée incompréhensible comme sous-couche du tableau : les mots, les concepts sont impuissants à dire le rapport au monde, ils sont un drap sale jeté sur le réel : il faut introduire le rapport direct à l’autre, celui avec qui on voyage, car on ne voyage pas seul, celui avec qui on vit, car on n’habite pas  seul une maison.





 

RAAK (France):


On se doute bien qu’il y a un secret à trouver, une réponse à approcher, qui ne se laisse pas apprivoiser. Cherchons encore, que s’est-il passé au début de tout ? Ou mieux : que se passe-t-il toujours, puisque rien ne peut rester tel, figé, unique, mais que tout est transformation, que nous ne maîtrisons pas. Aussi bien on dirait des autoportraits, dans la mesure où c’est le moi changeant qui est présenté, l’être dont les cellules sont les mêmes, physiquement parlant, que celles des lointaines étoiles issues du big bang.






Mehrdad RASHIDI (Iran):


C’est bien vrai que nous voyons aussi par le corps. Par tout le corps. C’est vrai également que nous emportons avec nous les autres. Tous les autres. Et surtout ceux qui sont restés. Nous sommes tous exilés. Et c’est à la femme de prendre en charge la douleur du départ et la douceur de la résilience. On dirait qu’un même visage ouvre les yeux, passant de la peine à la tendresse, dans le même instant. On dirait presque voir des visages rapatriés.






Nancy VAN REETH:


Derrière leurs attitudes savamment figées de femmes de magazines, derrière leur ostensible féminité, si l’on ne se laisse pas prendre à l’enlacement tentaculaire de leurs bras interminables, si l’on n’est pas enchantés par leur désir de nous faire croire qu’elles savent l’autre côté du miroir, si donc enfin on parvient à s’extirper de leurs rets, alors ces figures féminines livrent un trouble sincère : leurs yeux – sont-ils fermés, sont-ils insondables ? – sont tournés vers un intérieur sensible et inquiet. L’arrière-plan tourbillonnant d’où semble naître leur chevelure est celui d’un inconscient bouillonnant et envahissant.






Christine REMACLE (Belgique):


Pourquoi dit-on de certaines couleurs qu’elles sont « violentes » ? Ne devrait-on pas plutôt constater que ce sont les expressions des visages qui nous agressent ? En fait ni l’un ni l’autre. Il s’agit plutôt d’une forme d’évidence répétée devant le mystère de ce qui se tient là, devant nous, lorsque l’autre surgit. Nous le voyons de près, avec ce qui garantit à l’humain son expressivité et sa présence : les yeux et la bouche. L’autre n’est pas effrayant – c’est plutôt lui qui a peur de nous.






Martine RIVES  (France):


Des personnages humains et animaux coexistent dans une manière de luxuriance des premiers âges mythiques, remplissant le tableau à ras bord, et même le débordant, car la vie dans sa profusion est toujours au-delà de ce qu’on peut en montrer. Des signes de la modernité sont parfois présents aussi avec la même explosion de couleurs, de formes, le même « entassement »…Les visages stylisés présentent-ils pour autant la sérénité d’une existence pleine ? Rien n’est moins sûr, plutôt parfois la sensation d’un étouffement.





 

SIMDO (France):


Les visages, étirés, monstrueusement agrandis, dévorant l’espace du tableau, contraignant le corps qu’ils surplombent à un rabougrissement étique, les cheveux tirés par un vent ou une force contraire, les bouches, souvent fermées, presque barrées, tout cela témoigne du désir contrarié d’une parole impossible à exprimer et d’une tension physique permanente, d’un effort pour être. Il y a une sorte de déchirement intérieur, un corps souffrant mal ajusté au monde.






Thomas SCHLIMM:


Goya, dans certains de ses « cartons de tapisserie », montre des scènes quotidiennes de fêtes et de jeux qui, si l’on s’y attarde, finissent par transmettre une forme de malaise : le regard des personnages, de façon indéfinissable, possède une manière d’ « inquiétante étrangeté ». Les peintures naïves de Thomas Schlimm, consacrées au cirque et à ses numéros, à ses dresseurs et à ses fauves, à ses jongleurs magiques, éclatent de couleurs vives et joyeuses comme les témoignages d’une ivresse bon enfant. Mais les yeux, les « coups d’oeil » des personnages (humains ou animaux, comme confondus) possèdent une noirceur dérangeante qui participent de ce que le cirque (et ses clowns) ont toujours représenté : le rictus sous le rire, le non-sens après l’évidence, l’irrémédiable derrière l’expressivité.





 

Imam SUCAHYO (Indonésie):


Les personnages, les objets, les histoires sont superposés, et méritent, comme pour un palimpseste, de retirer la première « écriture » pour pouvoir déchiffrer celle qui était là avant, en-dessous. Des visages innombrables apparaissent alors, de face ou de profil, un peuplement d’êtres, hommes, femmes, peut-être divinités, l’ensemble touchant à la fois à la vie quotidienne, simple, et aussi  à une sorte de parabole, de désignations symboliques réservées aux seuls initiés. Décidément ambiguë, cette peinture est en même temps convulsive, douloureuse, et ornée, comme sertie dans de précieuses céramiques.






Richard TISSERANT (France):


Les doigts sont innombrables, ils témoignent à la fois d’un désir tactile irrépressible et d’une impossibilité maladroite à vraiment saisir. Le pouce n’est pas  opposable, et les mains reposent sur le corps ou dans l’air, inutiles. Les enfants, qui lèvent la tête de leur jeu, de leur occupation ou de leur ennui, ont un visage usé de vieillard avant l’heure, comme des êtres simples, ou des farfadets détenteurs d’une sagesse immémoriale et surannée. Tous nous observent, attendant peut-être un geste, une main qui, elle, saurait les aider.






Jonathan VAN DE WHEGES (Belgique):


On hésite à dire si tous ces visages sont autant d’autoportraits ou s’ils sont la foule de ceux que croise l’artiste. Leur nombre impressionnant et leur attitude – il n’y en a pas un pareil cependant – les rendent solidaires : ils portent une sorte de jugement ironique sur celui qui les dessine, et donc sur nous-mêmes aussi. Leur sourire figé ne témoigne d’aucune véritable sympathie, mais bien plutôt d’une obligation de contentement, comme celles qu’on peut observer dans un système de pensée unique. Victimes ou accusateurs ? En tout cas, ils mettent à l’écart celui qui les rencontre.






Louis VUITTONET (Etats Unis):


Tout un bestiaire inquiétant, et on hésite à en différencier les humains présents sur ces tableaux (charmeur de serpent, prostituée, chanteur des rues) : on est « on the wild side » d’une rue de la Nouvelle Orléans quand il n’est plus temps de changer de vie et qu’on échoue là où personne ne vous demandera des comptes, ni de vous justifier. A tout moment un oeil regarde le spectateur et l’attire là où, de lui-même, il ne serait jamais allé. La « mauvaiseté » est bien réelle, quoiqu’avec une sorte de jouissance bon enfant.






Mikel ZHAR (Liban):


Des montagnes ou des humains ? Des êtres massifs regrettent un arrière-monde disparu, comme des dieux désormais inemployés, figés dans le regret éternel de leur lointaine gloire. D’anciennes parures rituelles témoignent du culte qui leur était voué. Mais peut-être le monde est-il si lourd à supporter, les émotions si difficiles à exprimer qu’une sorte d’engoncement millénaire est venu emprisonner l’expression spontanée. Une tragédie est empreinte sur ces figures endeuillées.




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